Que penser des shampooings bon marché, au look « bio et nature » ? (Garnier, Dop)

Face à la prise de conscience des consommatrices, de plus en plus nombreuses à surveiller la composition de leurs cosmétiques et à rejeter le tout chimique, les marques tentent de redorer leur image en rendant leurs produits plus naturels et respectueux de l’environnement. Des efforts louables à encourager, d’autant que cela permet aussi de se procurer à prix abordables des produits de meilleure qualité.

Oui mais si les marques ont amélioré leurs compositions, elles flirtent parfois avec l’abus de confiance en jouant sur les mots et autres logos pseudo bios. Parmi les dernières nouveautés, deux marques de shampoing ont plus particulièrement retenu mon attention : le shampooing à l’amande douce et fleur de lotus Ultra-Doux de Garnier ainsi que les shampooings à l’aloe vera et à l’extrait d’huile d’olive signés Dop :

La publicité pour ces deux nouveaux shampooings est alléchante et très prometteuse : des shampooings doux à base d’ingrédients naturels bio, à petits prix et disponibles en grande surface, un rêve ! Mais lorsque l’on retourné le flacon pour lire au dos son étiquette INCI, toutes les promesses ne sont pas tenues… Revue de détail :

Le discours de la marque et quelques remarques en gras entre crochets :

– Tout d’abord, le shampooing à l’amande douce et fleur de lotus Ultra-Doux de Garnier (groupe L’Oréal, une des marques de L’Oréal qui est la plus prisée par les têtes bouclées pour leurs compositions en générale correctes et à mini-prix notamment leur après-shampooing au beurre de karité)

« Ultra Doux crée sa 1ère formule 97% biodégradable* pour toute la famille.
Ultra Doux Amande Douce et Fleur de Lotus** respecte les cheveux de toute la famille, même ceux des enfants.
– Une formule douce qui respecte les cheveux.

[ Première déception sur cet argument plutôt abusif : la formule de ce shampooing ne diffère pas des formules conventionnelles, on retrouve en tête de liste de ses ingrédients (donc en quantité très importante) un tensio-actif irritant et détergent, bien qu’autorisé par Ecocert : l’Ammonium Lauryl Sulfate, et d’autre part le Cocamidopropyl Betaine (en partie issue de la pétrochimie) utilisé pour l’adoucir quelque peu.
Une vraie formule douce ne devrait pas contenir de sulfates mais de vrais tensio-actifs doux à base de sucre ou d’acylglutamates (plus chers certes). Même si l’on trouve en quantité infime (en fin de liste) des extraits végétaux, cela ne suffit pas à rendre ce shampooing réellement « doux » au sens naturel du terme. De plus la présence de parfum peut-être allergène et aurait pu facilement être supprimée.
]

– Une formule sans paraben, sans colorant, sans silicone.
[ C’est devenu la nouvelle mode de mettre en évidence ce que le produit ne contient pas, une façon de ne pas parler de ce qu’il contient… Si l’absence de colorant et de silicone est une bonne chose, l’absence de parabens ne l’est pas forcément car on ne sait pas quel est le moyen de conservation utilisé à la place (étant donné que le shampooing est en grande partie composé d’eau, propice au développement de bactéries, c’est indispensable) et ses effets sur la santé.
De plus, la mention « sans… » n’empêche pas la présence fortuite et en faible quantité de la substance incriminée. En effet, les matières premières utilisées sont souvent conservées à l’aide de conservateurs de synthèse. C’est ainsi qu’en France, une enquête de la DGCCRF et de l’Afssaps en 2008 a montré que sur 43 produits « sans conservateurs », 13 en contenaient.

En étudiant la formule INCI, la conservation est a priori ici assurée par les Salicylic Acid et Benzoic Acid qui sont plutôt bien notés en matière de conservateurs (les acides benzoïque, salicylique ou sorbique sont autorisés dans les différents cahiers des charges de certification bio car agissants « comme des produits naturels ». Il s’agit certes de conservateurs de synthèse, mais ce sont les plus doux que l’annexe de la réglementation sur les cosmétiques contienne. Un bon point pour Garnier.

Un solvant de la famille des glylcols (qui ont fait l’objet d’une polémique), Hexylene glycol, est également présent apparemment sans effet toxique significatif d’après les études disponibles
On regrette aussi la présence de l’Hydroxypropyl guar hydroxypropyltrimonium chloride comme conditionneur filmogène chimique (gaine le cheveu, le rend souple et facilite son démêlage) non biodégradable. Il est obtenu par un procédé chimique lourd semblable à l’éthoxylation. Ecocert et Cosmebio l’autorisent, BDIH et NaTrue ne l’autorisent pas.
.]

– Une formule 97% biodégradable, respectueuse de l’environnement. »
[ L’argument marketing biodégradable couplé au petit logo rond vert indiquant « 97% d’ingrédients biodégradables » imitant le logo Cosmebio sur le packaging induit vraiment en erreur le consommateur en lui faisant croire qu’il s’agit là d’un produit bio certifié, ce qui n’est pas le cas.
De plus un produit biodégradable n’est pas forcément constitué d’ingrédients naturels (des composants de synthèse chimique peuvent être biodégradables).
]

Formule étiquette INCI : Aqua/Water, Ammonium lauryl Sulfate, Cocamidropopyl Betaine, Sodium Chloride, Sodium Benzoate, Hydroxypropyl guar Hydroxypropyltrimonium chloride, Sodium hydroxyde, Salicylic Acid, Polysorbate 20, Nelumbo nucifera, Flower extract, Benzoic Acid, Linaloo, Citric Acid, Coumarin, Prunus Amygdalus Dulcis Oil/Sweet Almond oil, Hexylene glycol, Parfum/Frangrance

Côté Dop : les shampooings à l’aloe vera et à l’extrait d’huile d’olive :
« Shampooing DOP nature 90 % d’origine naturelle. Dop nature innove et sélectionne des ingrédients BIO, dans un shampooing unique, avec 90 % d’ingrédients d’origine naturelle, qui embellit et prend soin des cheveux, même les plus délicats. »
[Comme chez Garnier, on surfe ici à fond sur la tendance bio et naturelle, renforcée par son packaging verdoyant (faisant penser à un « produit vert » donc écolo). La confusion est entretenue par les mentions d’ingrédients d’origine naturelles et surtout « BIO » inscrit en majuscules (qui ne concerne que l’origine de l’aloe vera et non toute la formulation) sur le packaging et qui, si l’on y fait pas attention ou si l’on ne connaît pas la réglementation (souvent le cas du consommateur de base), fait tout simplement croire à un produit certifié bio.
La marque se vante de convenir aux cheveux même les plus délicats mais même reproche que pour Garnier, les tensio-actifs utilisés (l’Ammonium Lauryl Sulfate, un tensio-actif irritant et détergent, bien qu’autorisé par Ecocert et le Cocamidopropyl Betaine, en partie issue de la pétrochimie) ne sont pas les plus doux qui existent, loin de là.
Comme chez Garnier on regrette aussi la présence de l’Hydroxypropyl guar hydroxypropyltrimonium chloride comme conditionneur filmogène chimique (cf ci-dessus).
Le polysorbate 20, un tensio-actif non ionique est un émulsifiant (il sert à mélanger les huiles dans les produits cosmétiques à base d’eau), contenant des dérivés éthoxylés peu écologiques.

La mention « 90% d’origine naturelle » peut être considérée comme quelque peu abusive puisque certains composants sont d’origine synthétique et naturelle (comme le cocamidopropyl betaine et l’acide citrique utilisé pour corriger le ph du produit). En revanche comme chez Garnier, l’effort sur les conservateurs (sodium benzaote et benzoic acid) est à saluer. ]

« Pour les cheveux normaux, DOP a sélectionné l’Aloé Vera BIO, gorgé d’eau et de nutriments, pour ses vertus hydratantes et protectrices. »
[Une promesse tenue avec un actif végétal qui apparaît en 5e position sur 14 ingrédients de la liste INCI donc qui occupe une bonne proportion du produit. Toutefois, on peut regretter que cet actif végétal hydratant soit le seul de la liste (ce qui aurait pu éviter l’emploi d’un conditionneur chimique : Hydroxypropyl guar hydroxypropyltrimonium chloride).
A noter que dans le shampooing à l’extrait d’huile d’olive, plus riche, on trouve aussi en complément des actifs humectants tels que l’aloe vera et la sucrose.
La tendance actuelle des industriels est de mettre en avant un actif à la mode et de ne pas en ajouter d’autres, ce qui permet de réduire les coûts. Dans un shampooing ce n’est pas bien grave, ça l’est plus dans un soin (crème, masque).]

« Son parfum frais et croquant fait du shampooing un véritable moment de plaisir. »
[Un parfum pas tout à fait naturel puisque l’on remarque l’ajout de parfums artificiels (fragrance F.I.L. C44936/1 et l’hexyl cinnamal qui a été classé comme allergène. Dommage !]

Formule étiquette INCI (aloe vera) : Aqua/water, ammonium lauryl sulfate, cocamidopropyl betaine, sodium chloride, aloe barbadensis/aloe barbadensis leaf juice, sodium benzoate, salicylic acid, sodium hydroxide, hydroxypropyl guar hydroxypropyltrimonium chloride, citric acid, polysorbate 20, hexyl cinnamal, benzoic acid, parfum/fragance (F.I.L. C44936/1)

Formule étiquette INCI (extrait huile d’olive) : Aqua/water, ammonium lauryl sulfate, sucrose, cocamidopropyl betaine, sodium chloride, linalool, geraniol, olea europaea (olive) leaf extract, aloe barbadensis/aloe barbadensis leaf juice, sodium benzoate, salicylic acid, sodium hydroxide, hydroxypropyl guar hydroxypropyltrimonium chloride, citric acid, polysorbate 20, benzoic acid, parfum/fragance (F.I.L. C44939/2)

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7 Responses

  1. C’est déjà excellent que des produits à petit prix soient biodégradables et sans impact sur la pollution aquatique car les autres sont au moins aussi cher et avec plus d’impacts. Grace à vos remarques les prochaîns produits seront encore mieux.

    • Merci de votre message, voyant que vous appartenez au groupe l’Oréal par votre IP, je compte sur vous pour leur relayer, ça serait chouette !

  2. merci pour cette étude comparative assez poussée. Je prendrais le temps de bien lire les étiquettes à mon prochain achat

  3. Quelques choses que je ne comprend pas, ce qui est important pour l’impact environnemental d’un shampoing c’est que le produit soit le plus biodégradable possible et non ecotoxique. Un produit naturel peut être et c’est souvent la cas non biodegradable et parfois ecotoxique.
    Je fais partie des équipes d’eco-conception et nous lisons avec grand interêt vos remarques.

    • bonjour, oui de gros efforts ont été faits pr la biodégradabilité mais par contre ce qui me gêne c’est que le tensioactif reste détergent et n’est donc pas « doux » comme annoncé sur l’étiquette.
      vous pensez à quels composants naturels non biodégradables et ecotoxiques ?
      merci de votre attention et de vos éclairages. du reste j’aimerais beaucoup interviewer un responsable de formulation de l’Oréal (en particulier sur les ap-shampooings et soins capillaires), n’hésitez pas à entrer en contact avec moi (je vous envoie aussi un e-mail sur le mail que vous indiquez à ce sujet).

  4. Bonjour,
    Je suis un homme, j’ai les cheveux bouclés mi longs (actuellement au niveau des oreilles pour ceux qui partent du sommet du crane). Je me suis documenté sur votre site et sur d’autres concernant les méthodes d’entretien. Auriez vous des produits à me conseiller en sachant qu’ils sont assez volumineux et que je souhaite des boucles bien définies (le contraire aurait été étonnant) : un Shampoing pour un cuir chevelu sans pb particulier, un après shampoing pour le lavage, un produit ou des huiles pour faire des masques pour un soin hebdomadaire, un produit coiffant qui soit naturel et souple.
    D’avance merci pour votre réponse

    • Vous pouvez recherchervsur le blog ma routine capillaire et consulter la rubrique des produits
      C est assez personnel, tout depend si vous souhaitez des produits bio ou pas
      je vais preparer durant les vacances de noel un article avec une selection de shampooings et ap shampooings et plus tard de masques donc restez aux aguets !
      Lisez aussi mon article sur les bonnes habitudes capillaires car n oubliez pas qu au dela des produits les bons gestes st tt aussi importants, en particulier le sechage pr limiter le volume.

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