Le cocktail décapant de la douche ! Hydratation et protection naturelles de notre peau

Rien de tel qu’une bonne douche bien chaude pour se relaxer ou se redynamiser n’est-ce pas ? Oui certes… mais le souci est que pendant que nous profitons de ce moment de détente, notre peau peut éventuellement morfler et dans certains cas se rebiffer (peau sèche, irritation, eczéma…).
douche mousse gel douche
Pourquoi ? Comment ? Commençons par le commencement en examniant la composition de notre peau et comment les douches quotidiennes peuvent l’agresser et nuire à son hydratation et à son intégrité :

Première partie de mon dossier « Réduire les douches : ma routine « lavage » anti-dessèchement pour peau sensible ! ».

I/ LA PEAU & SES DISPOSITIFS NATURELS D’HYDRATATION ET DE PROTECTION
(film hydrolipidique, sensibilisation, dessèchement de la peau, bactéries utiles, pH, dermatite, brèches de sécurité/infections)

[ Le film hydrolipidique ]
Pourquoi la douche et le savonnage peuvent-ils nuire à notre peau ? Pour mieux comprendre, il faut se rappeler tout d’abord que notre épiderme (la couche externe visible de notre peau, recouvrant le derme et l’hypoderme tous deux situés en profondeur) est enduite d’une substance protectrice appelée « film hydrolipidique » (oui, oui encore lui, le même qui recouvre notre cheveu et avec lequel je vous bassine souvent!). A noter qu’il est aussi parfois nommé « manteau acide » (en raison de son pH acide, voir ci-dessous).

Composé d’une émulsion de sueur (secrétée par les glandes sudoripares -eccrines*-), de sébum (secrété par les glandes sébacées annexées au poil) et d’eau (qui remonte à la surface en provenance du derme par capillarité), il joue un rôle fondamental à la fois de protection (barrière de défense de la peau contre les infections notamment), de confort et de beauté (souplesse, douceur, dont les fibres d’élastine (protéines) dans le derme sont aussi des garants fondamentaux, les fibres de collagène, elles assurent la résistance de la peau).

*La sueur eccrine (inodore contrairement à la sueur approcrine des aisselles notamment) est riche en acide lactique, urée, acides aminés et chlorure de sodium, les principaux facteurs d’hydratation naturelle (NMF, voir ci-dessous).

structure peau epiderme film hydrolipidique

[ Les NMF ou FHN (Facteurs d’Hydratation Naturelle) ]
En outre, ce précieux mélange contient ce que les dermatologues appellent les facteurs naturels d’hydratation (les « NMF », pour Natural Moisturizing Factors en anglais). Ce sont des composés , principalement des acides aminés, de l’acide lactique, de l’urée, des sucres et des ions minéraux, présents à l’intérieur des cornéocytes (les cellules mortes de kératinocytes qui composent la couche supérieure de la peau). Leur fonction ? De par leur nature hygroscopiques (qui attirent l’eau), ils aident la peau à retenir son eau interne et donc à rester bien hydratée.

[ La Couche Cornée (Stratum corneum) ]
Enfin, l’épiderme se subdivise lui-même en cinq sous-couches (de kératinocytes) dont la couche cornée est celle visible à la surface de la peau. Elle se compose de cellules de peau mortes aplaties (les cornéocytes citées ci-dessus) qui « tomberont » naturellement au fil du renouvellement de la peau (cycle de 14 jours appelé desquamation. Elles constituent ainsi une sorte de « manteau » qui protège la nouvelle peau en profondeur qui n’est pas encore tout à faire prête « à sortir au grand jour ». C’est aussi dans la couche cornée que se trouvent les pores des glandes sudoripares et qu’émergent les glandes sébacées.
Les cellules de la couche cornée sont soudées entre elles par des lipides épidermiques. En cas de carence en lipides, la peau présente alors des failles, perd de son eau interne (donc devient sèche et rugueuse) et et devient sujette au infections (vulénrabilité de sa barrière protectrice).

protection de la peau et film hydrolipidque integre

II/ LE COCKTAIL DECAPANT DE LA DOUCHE  !
Les deux ingrédients de base d’une douche, de l’eau (calcaire) et du savon (ou gel douche) sont tous deux particulièrement fatals au film hydrolipidique, à la couche cornée et aux NMF, en particulier en cas de peaux sensibles (=peau sujette aux irritations et allergies due à une hyperactivation du système nerveux par les cellules de la peau) qui sont plus perméables que les peaux normales (ce qui signifie qu’elle perd plus facilement son hydratation et que les composants agressifs la pénètrent plus rapidement).

[ La destruction du film hydrolipidique]

Les savons à base de soude et les gels douche avec des sulfates détergents décapent notre peau et la privent de ses agents hydratants naturels. A la clé: sécheresse voire irritation...

Les savons à base de soude et les gels douche avec des sulfates détergents décapent notre peau et la privent de ses agents hydratants naturels. A la clé: sécheresse voire irritation…


Le savon et les gels douche détergents (à base des fameux sulfates de type SLS, ALS, etc. qu’on retrouve aussi dans les produits vaisselles ou la lessive…) qui servent à « dégraisser » (ils retire la saleté en retire aussi le « gras » au passage qui attire la première), sont les premiers responsables du dessèchement caractérisés par des « tiraillements ».
En effet ils détruisent sur leur passage -par dissolution- le film hydrolipidique et altèrent les céramides et les protéines de cohésion de la couche cornée.
La peau ainsi fragilisée se dessèche, d’autant plus si elle est déjà à tendance sèche ou sensible. Parmi les autres effets indésirables, on trouve potentiellement des inflammations et « des sécrétions réflexes et accrues de sébum » selon la dermatologue Brigitte Roy-Geffroy qui rappelle que « l’eau n’hydrate pas la peau, et au contraire, la dessèche, en particulier si cette eau est calcaire. »

Enfin, à cela s’ajoute l’effet mécanique de frottage, en particulier s’il est vigoureux (et effectué avec un gant ou fleur de douche type luffa) qui irrite la peau. C’est ainsi que des peaux normales peuvent devenir sèches à force d’être décapées.

>> Temps de reconstitution du film hydrolipidique et des bactéries utiles de la peau
Toutefois, la destruction de notre film hydrolipidique n’est bien sûr pas irréversible et s’auto-reconstitue quelque temps après son décapage.
Fabien Guibal dermatologue à l’hôpital Saint Louis, indique que les bactéries à la surface de la peau se développent à une vitesse exceptionnelle et que le film se recompose en une ou deux heures.
Le Dr Françoise Roudil, dermatologue est plus mesurée et prudente et spécifie que le film hydrolipidique « n’est reconstitué complètement que tous les deux jours, et si on se lave quotidiennement avec un savon ou un gel douche délipidant, on aggrave le phénomène. »
Apparemment contradictoire, ces deux informations diffèrent en fait sur le degré de reformation du film : on imagine qu’en une ou deux heures il est seulement partiel, et qu’il faut donc attendre 2 jours pour sa totalité (raison pour laquelle on conseille d’éviter la douche le matin, car on part à l’extérieur avec une peau beaucoup plus vulnérable alors que le soir, elle peut se régénérer en partie la nuit).

eau epiderme effet dessechant[ Les Méfaits Insoupçonnés de l’Eau ]
De son côté l’eau n’est pas inoffensive, surtout si elle est chaude. Elle contribue en effet, avec le savon à décomposer la couche cornée et expose ainsi les niveaux inférieurs de l’épiderme susceptibles de devenir secs et irritables à leur tour.
De plus, l’eau trop chaude provoque une plus grande évaporation de celle contenue dans la peau et peut provoquer une dermatite atopique comme l’avertit L’Académie Espagnole de Dermatologie et Vénéréologie (AEDV).
Autre souci : le rinçage des NMF, hydrosolubles (=solubles dans l’eau), qui se font la malle en même temps que la saleté, le film hydrolipidique et tout le reste (il n’y pas de tri entre le grain et l’ivraie malheureusement!).
Les contacts répétés avec l’eau dessèchent la peau car ces composés sont importants pour son hydratation. Lorsque la barrière hydrolipidique est en bon état, les composés du NMF sont mieux retenus dans les cornéocytes. Mais les douches à l’eau chaude trop longues et/ou trop fréquentes entraînent une perte des facteurs naturels d’hydratation (NMF) de la peau ainsi que de ses lipides en surface. La peau se déshydrate alors et devient rêche et rouge voire se met à gratter. Enfin l’eau (alcaline), en particulier lorsqu’elle contient du calcaire, déséquilibre aussi le pH acide de la peau (voir ci-dessous).

[ Peau à Nu & Vulnérabilité ] (perméabilité)
Perturbation de la fonction barrière de la peau

En altérant le film hydrolipidique, qui protège naturellement notre peau, l’épiderme ne peut plus assurer correctement sa fonction de barrière. Cette mise à nu brutale rend ainsi les peaux de plus en plus sensibles tout en favorisant la pénétration de substances exogènes. En la privant de ses lipides protecteurs, les agents agressifs rendent la peau perméable : les irritants et les polluants pénètrent plus facilement et affaiblissent à leur tour ses défenses naturelles. Ceci accroît aussi le vieillissement cutané ou le prurit chronique.

fonction barriere protection de la peau

[ Elimination des Bonnes Bactéries Utiles à Notre Peau ]
Autre caractéristique de la peau souvent méconnue : la présence à sa surface d’une importante faune et flore faite de milliards de bactéries, virus et champignons – le microbiote cutané – en symbiose avec notre épiderme. Oui vous avez bien lu des bactéries ! que l’on associe, quasi systématiquement, à tort, avec des indésirables…
Certains de ces micro organismes décomposent la sueur, d’autres se nourrissent des déchets de la saleté et des cellules mortes qui sont éliminées régulièrement pour faire place à des cellules jeunes.
La « flore résidante » nous est particulièrement précieuse car elle nous défend justement contre les « mauvaises » bactéries (flore occasionnelle, composée de germes pathogènes, source d’infections) ! En secrétant des substances inhibant le développement des germes occasionnels, et même de les tuer, elle agit comme une sorte d’antibiotique naturel, et renforce la protection de l’organisme en stimulant le système immunitaire (source: Edouard Mauvais-Jarvis, responsable de la communication scientifique des Laboratoires Vichy).
Mais les lavages trop fréquents les suppriment. Cette altération de l’écosystème de la peau (ainsi que le déséquilibre de son pH qui n’a pas le temps de se réguler sous l’effet des douches successives) favorisent alors le développement des mauvais microbes (tels que les staphylocoques dorés), qui sont agressifs et pathogènes. Sans la présence de ces bonnes bactéries, notre système immunitaire est affaibli.
hydratation peau et effet assechant douche

Attention toutefois à l’effet inverse, un manque d’hygiène peut aussi l’altérer en laissant aussi proliférer des micro organismes pathogènes causant des maladies dermatologiques. Le savonnage et nettoyage contribuent donc à éviter cette dernière… mais peuvent aussi engendrer, si excessif, la destruction du microbiote causant également des problèmes de peau.
En conclusion, une bonne hygiène consiste donc à maintenir un milieu propre, mais pas aseptisé. Un bon produit de nettoyage corps ou visage est donc de respecter au mieux cet équilibre bactérien.

[ Ouverture de Brèches de Sécurité dans Notre Peau ]
(création de microfissures et porte ouverte aux infections)
Lorsque la peau est irritée, elle devient un super terrain expérimental pour les (mauvaises) bactéries car sa couche supérieure (startum corneum) abîmée ne la protègent plus efficacement contre notamment les infections, le vent, le soleil, les toxiques/allergènes (en particulier ceux des composants chimiques des cosmétiques qui peuvent alors pénétrer l’épiderme) et la déshydratation.
La peau devenue sèche sous l’effet de l’excès de douches se craquèle en micro-fissures. Un séchage un peu trop vigoureux avec une serviette rêche risque ensuite d’élargir ses fissures, créant ainsi des brèches dans lesquelles peuvent s’engouffrer potentiellement des infections comme l’eczéma ou l’acné. Au passage les résidus chimiques de lessive détergente et adoucisseur présents sur la serviette (ou bien encore de moisissure si la serviette a déjà été utilisée et est restée humide) peuvent se déposer dans ses fissures également. Les peaux sensibles sont les plus exposées à ce problème car leur épiderme est plus perméable que les peaux normales (les substances agressives les pénètrent donc plus vite).

film hydrolipidique altere et agressions de la peau atopique infections inflammations

[ Perturbation du pH & de l’Ecosystème Cutané ]
Notre peau possède un pH légèrement acide. L’étude de référence de H. Lambers, le situe dans une moyenne de 4,7, c’est-à-dire inférieur à 5,5, qui est le pH de référence pour encore la plupart des médecins. Cela signifie que la peau serait un peu plus acide qu’on ne le croyait.
A noter que les peaux noires seraient aussi plus acides que les peaux caucasiennes*.
La même étude révèle que l’eau du robinet, en Europe, est très alcaline (pH 8 en moyenne) donc lorsque nous nous douchons uniquement à l’eau, la peau s’alcalinise et met environ six heures à récupérer son pH naturel, inférieur à 5.

Echelle de pH : acide, neutre et alcalin

Echelle de pH : acide, neutre et alcalin


Elle démontre aussi que, dans un milieu acide (pH 4-4,5), le microbiote ou flore résidente adhère à la peau, tandis qu’un milieu alcalin (pH 8-9) favorise son éradiction de l’épiderme.
Ainsi l’eau seule, même sans savon n’est pas sans dommages.
Le savon, y compris le savon de Marseille ou d’Alep, est également bien sûr préjudiciable au pH de la peau, s’il a un pH trop alcalin (parfois supérieur à 10), très éloigné de celui de notre épiderme, ce qui affecte aussi l’intégrité du film hydrolipidique et la fonction de barrière cutanée ainsi que le cycle de renouvellement cellulaire cutané. De façon générale, les détergents modifient aussi l’écosystème cutanée (pH en particulier) et perturbent sa faune saprophytes (cf ci-dessus, les bonnes bactéries de la peau).

En conséquence, la peau peut devenir déshydratée en permanence si nous utilisions tous des produits inappropriés au pH très élevé.

NB: Le pH physiologique est le pH normal d’une zone du corps. Un produit à pH physiologique a un pH proche de celui de la zone sur laquelle il est appliqué (attention donc à la mention « pH neutre » sur les cosmétiques qui ne signifie pas toujours ph adapté à la peau…). Lorsque nous naissons, le pH de notre peau se situe aux alentours de 7 (neutre) et s’acidifie progressivement pour combattre les bactéries (raison qui explique aussi qu’un bébé est moins bien protégé contre les infections qu’une peau adulte).

* A.G. Warrier, A.M. Kligman, R.A. Harper, J. Bowman, R.R. Wickett. A comparison of black and white skin using noninvasive methods . J. Soc. Cosmet. Chem. 1996, Vol. 47, pp. 229-240.

SUITE DU DOSSIER: 2e PARTIE? Les bonne pratiques sous la douche pour limiter les dégâts

En complément, à lire aussi : « Attention au bain quotidien qui agresse la peau de bébé… »

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