Comment se laver sans prendre de douche tous les jours pour protéger sa peau ? (3e partie)

3e partie de mon dossier « Routine lavage douce pour peaux sensibles« .
La douche matinale ou du soir, et parfois matin et soir (sacrilège ultime !) fait partie du rituel de nombre d’entre nous. Pourtant, espacer les fréquences de douche peut être particulièrement bénéfique pour notre peau ( et au passage, la planète et notre porte-monnaie grâce à des économie d’eau substantielles !), en particulier si vous avez une peau sensible et sèche. D’autant que ce « rituel » hygiénique est loin d’être indispensable et vraiment utile si vous vivez dans un cadre exempt d’épidémie ou de risques de contamination, que vous menez une vie plutôt sédentaire, à l’intérieur, sans effort physique intense.

Troquez le bac à douche contre le lavabo et votre peau vous remerciera !

Troquez le bac à douche contre le lavabo et votre peau vous remerciera !

Et ce d’autant que la plupart de notre corps est protégé des salissures par des vêtements… Pour autant, pas question de ne pas se laver ! Sachez que la case douche n’est pas obligatoire et qu’il est possible de rester parfaitement propre pendant quelques jours avec des techniques de lavage appropriées que j’utilise moi-même et que je vous propose dans cet article :

Ne pas prendre de douche tous les jours ne signifie en aucun cas ne pas se laver tous les jours. Car oui, on peut se laver en dehors de la douche, si, si j’vous promets que c’est possible !:-) En tant que grande repentie de la douche bouillante 2 fois par jour, je dois vous avouer qu’au départ, peut-être comme vous j’étais sceptique. Et finalement avec un peu d’organisation et de nouvelles habitudes on s’en sort très bien !

1/CIBLEZ LES ZONES UTILES
neutraliser odeur corporelle
Ce n’est pas révolutionnaire, mais il suffit tout simplement de se laver « en pièces détachées », « à l’ancienne » comme le faisaient nos grands-mère ou même mères dans leur jeunesse, où le réflexe « douche » était beaucoup moins automatique, et qui n’ont pas eu de problèmes d’hygiène et une belle santé pour la plupart ! N’oublions pas que même jusqu’en 1962, seulement 29% des foyers avaient une douche, aujourd’hui, 85% en sont équipés.
Concrètement il s’agit de se laver quotidiennement, matin et soir, avec un nettoyant doux (voir Savon, syndet, gel douche : que choisir, choix de son produit nettoyant) les zones « utiles » dites « zones odoriférantes » (notamment à glandes sudoripares apocrines, voir ci-dessous).

Comme son nom évocateur l’indique, il s’agit des zones qui transpirent le plus et/ou se salissent davantage (je ne vous fais pas un dessin!), ainsi que les parties du corps en contact avec l’extérieur en particulier l’été (poussière pollution etc.) et les « plis » éventuels (frottement et « macération » de la sueur).
Que sont-elles ? Les aisselles, les parties intimes et les pieds (ne pas oublier entre les orteils, souvent négligé dans la douche d’ailleurs), derrière les oreilles, cou, sous les seins
Un passage sur le bas et le haut du dos, le décolleté quand le besoin se fait sentir en cas d’efforts, coup de stress ou de chaleur particuliers.

Et pour ce faire, un simple lavabo suffit, éventuellement bidet si vous avez (qui est un peu en voie de disparition le pauvre!). Comme le disait un journaliste « Les vrais « crados » sont ceux qui négligent le passage au lavabo. » J’approuve ! 🙂

[ Les différents types de transpiration (odorantes et non odorantes) ]
Les glandes apocrines et glandes eccrines

transpiration explications zones odoriferantes et toilette2

Le corps possède de 2 à 4 millions de glandes sudoripares réparties à la surface de la peau.
Chaque glande sudoripare, localisée sous la peau, est rattachée à un pore. Nous rejetons chaque jour environ 1 litre de sueur (d’où la nécessité de boire cette quantité d’eau en contrepartie).

Les glandes aprocrines, plus grosses, se mettent à fonctionner à la puberté et sont associées aux poils.
La sueur qu’elles génèrent est plus riche en nutriments dont les bactéries de la peau sont friandes. En les consommant, elles vont produire des composés chimiques odorants, accentués par la zone pileuse mal ventilée favorisant la macération… Son rôle est originellement sexuel (phéromones) ; ces glandee réagissent plus particulièrement aux stimuli psychiques (situations émotionnelles stressantes).
Elles sont situées essentiellement au niveau :
– des aisselles ; (l’épilation des aisselles réduit les odeurs de transpiration, les poils étant des nids à bactéries)
– de l’anus ;
– des mamelons ;
– du nombril.

La sueur des glandes eccrines est en revanche relativement inodore (composée à 90% d’eau). Elles jouent un rôle de thermorégulation, de lubrifiant et de défense de la peau (traumatismes frictionnels et effet bactéricide). Elles réagissent aux stimuli de température.
Elles sont essentiellement concentrées au niveau :
des paumes des mains ;
des plantes des pieds ;
de la poitrine ;
du front.

LE NETTOYAGE AU LAVABO
Comme pour les cheveux, vos mains sont encore ici vos meilleures alliées, plus hygiénique et plus douces, en particulier en cas de peau sensible, qu’un gant ou fleur de douche (loffa) qui peuvent rapidement se gorger de bactéries et de moisissures, à moins d’en faire un usage unique, ce qui peut vite devenir contraignant en termes de lessives…
(Pour plus d’infos, voir article « Les bonnes pratiques sous la douche », paragraphe relatif aux accessoires de nettoyage)
N’oubliez pas que les zones à nettoyer sont de très petites surfaces et n’ont pas besoin d’être lavées à grande eau. Une main humidifiée et savonneuse puis rincée suffit.
Installez un petit tapis de bain en plastique ou un caillebotis ou placez-vous au dessus de vos toilettes à la japonaise (les toilettes japonais sont équipés d’un petit jet -douchette intime- !) selon la configuration de votre SDB ou même dans votre bac à douche, pour pallier aux éventuelles petites éclaboussures.

BROSSAGE DE LA PEAU = NETTOYAGE ?
brossage a sec pour eliminer les toxines et les cellules mortesVous l’avez peut-être remarqué mais depuis quelque temps on voit fleurir sur la toile de nombreux articles vantant les bienfaits du brossage (lymphatique) de la peau à sec par mouvements circulaires (avec une brosse douce en poils naturels, soie ou sanglier, évitez le crin de cheval ou les fibres d’agave trop abrasives). Une pratique qui nous viendrait du Japon. La naturopathe Annie Casamayou souligne l’amélioration de la fonction « émonctoire » (= élimination des déchets) de la peau et l’élimination des cellules mortes. « Le brossage élimine l’excédent de sébum (mais préserve l’hydratation nécessaire), ce que le savon ne sait pas faire, il est même trop souvent trop alcalin pour le pH de la peau. Avec un bon brossage, vous êtes bien plus propres. » écrit-elle.
Un autre célèbre naturopathe Bernard Jensen considère que c’est la meilleure forme de nettoyage : « Le brossage à sec de la peau est le meilleur de tous les bains. Aucun savon ne peut nettoyer et rendre la peau aussi nette que la nouvelle peau qui se cache sous la vieille. La peau se régénère tous les 24 heures. Le brossage à sec de la peau enlève la vieille couche de peau. Ceci aide à l’élimination des cristaux d’acide urique, de catarrhe et autres acides du corps. La peau devrait normalement éliminer jusqu’à 2 livres de déchets corporels par jour. » Outre le fait qu’un certain nombre de contre-indications existent (incluant inflammations, irritations, rougeurs, etc.), je n’ai pu trouver aucun médecin ni dermatologue recommandant cette pratique. Même si de nombreuses personnes s’en disent très contentes et « vivifiées », cela m’apparaît agressif pour l’épiderme, un peu comme le gommage, même si les peaux normales le supportent bien (les dermatos ont d’ailleurs un avis partagé sur l’exfoliation). Là où cela m’apparaît vraiment dangereux c’est quand les personnes le font suivre d’une douche, je crois que là en terme de décapage, on ne peut pas faire plus ! Je pense qu’un avis médical dermatologique est préférable avant de se lancer.

SE CHANGER TOUS LES JOURS
Nos vêtements absorbent l’essentiel de notre saleté, sueur et sébum, bien plus que ce que nous perdons dans la douche, comme l’a démontré une étude relative aux cosmonautes soviétiques dans les années 60 mais qui fait toujours référence de nos jours. C’est pourquoi il est conseillé de revêtir des tenues propres tous les jours.

Une nuance ici: je pense qu’il est possible de limiter, sauf circonstances particulières, ce changement quotidien aux pièces en contact avez nos fameuses « zones odoriférantes » (un bas qu’il soit jupe ou pantalon peut à mon sens être porté plusieurs jours sauf salissures particulière).
Autre astuce pour limiter les lessives : portez des sous-vêtements intermédiaires de type maillots de corps, débardeur fin qui feront écran entre la peau et le vêtement principal (pulls notamment).
Vous n’aurez ainsi à changer que ces petites pièces de lingerie plus pratiques à laver. D’un jour sur l’autre, vous pouvez aussi savonner les empiècements odoriférants ou utiliser des sprays désinfectants pour textiles (ou un spray à base d’eau et de vinaigre blanc qui neutralise les odeurs, l’odeur vinaigrée s’évapore).
Au passage, saviez-vous qu’il est recommandé de se passer de sous vêtements autant que possible (et dans tous les cas, la nuit) ? Pour l’entrejambe, les gynécologues le conseillent notamment en cas de démangeaisons. Cette zone étant « naturellement humide et poilue, rajouter une couche supplémentaire peut aggraver les choses (environnement idéal pour les mycoses). » En d’autres termes, le besoin de respirabilité s’applique aussi à cet endroit, qui n’aime guère être compressé et avoir trop chaud… La gynéco Hilda Hutcherson indique que « les sous-vêtements sont responsables de la croissance des bactéries« . Pour pratiquer, la robe est idéale !

COMMENT S’HABILLER POUR LIMITER LA TRANSPIRATION ?
* Misez sur des matières respirantes et absorbantes
Laissez votre peau respirer avec des textiles en fibres naturelles à l’excellente action thermorégulatrice, permettant l’évacuation de l’humidité produite par le corps, c’est-à-dire la transpiration. Ce sont les fibres végétales extraites de plantes, comme le coton, le lin (pour éviter le froissement, préférez les mélanges lin/coton ou lin/bambou), le chanvre, le bambou. La soie -d’origine animale- serait à éviter en revanche selon certaines sources qui lui reprochent notamment sa nature hydrophobe (créant une moiteur « effet sauna ») et de retenir les odeurs même si le voile de soie est parfois recommandé malgré tout. Ils ont tous des propriétés hygroscopique, c’est à dire la capacité d’absorber plus que leur poids d’eau (ce qui limite la prolifération des germes à l’origine de l’odeur désagréable). Problème : ils sèchent lentement et peuvent laisser le vêtement humide, ce qui fait que l’humidité ne s’évapore pas de la peau. Autre atout : ils ne collent pas à la peau.

En revanche la plupart des vêtements en fibres artificielles ou synthétiques, comme, l’acrylique, le nylon ou le lycra, la viscose ou l’acétate ne pardonnent pas : ils empêchent la peau de respirer et emprisonnent les odeurs !
Une recherche publiée dans le journal Applied and Environmental Microbiology* a montré que les vêtements en polyester sentent plus mauvais que le coton après une séance d’exercices intensifs, car les bactéries se développent mieux sur ce dernier

Toutefois de nouvelles matières synthétiques laissent passer l’air grâce à leurs mailles plus espacées. Elles absorbent aussi l’humidité et ont parfois des propriétés antibactériennes (utilisées dans les vêtements de sport notamment).
Ainsi, le modal (extrait de la cellulose de bois) et, en particulier le micro-modal, combine absorption intense (2 fois plus que le coton) et évacuation rapide de l’humidité. C’est la fibre naturelle idéale pour les sous-vêtements et vêtements dédiés aux problèmes de transpiration.

De façon générale, optez pour un tissage peu serré qui laisse l’air circuler librement et évacue ainsi transpiration et chaleur.

vetement anti transpiration manches aeration
* Les coupes « anti-macération » : préférez des vêtements amples et souples qui laissent passer l’air et évitez les hauts trop moulants qui collent à la peau (en particulier au niveau des aisselles et de la poitrine), amplifiant la sudation, la diffusion de odeurs et l’apparition de tâches.
La respirabilité d’un vêtement repose largement sur ses ouvertures et systèmes d’aérations (manches/zips/boutonnage/encolure/maillage).

Privilégiez des hauts sans manches ou manches ouvertes de type manches papillon, mancherons, tulipe, kimono, pagode ou chauve-souris combinés à des gilets/cardigans que vous pourrez facilement déboutonner pour vous « aérer » au besoin, ou même discrètement vous rafraîchir au cours de la journée. Evitez les manches élastiquées ou trop étroites qui enserrent complètement les aisselles.
vetement anti transpiration manches aeration
Adoptez le principe des 3 couches superposées, cher aux randonneurs, qui permet d’ajuster sa « charge textile » au gré de votre ressenti et de diffuser la chaleur tout en contrôlant le niveau de transpiration.

Règle générale: Le thermostat du corps fonctionne mieux si la transpiration est enlevée de la peau au plus vite. Cela permet à la transpiration de ne pas stagner sur la peau, bloquer les pores et accroître la température corporelle. Et au passage à nos vêtements de devenir mouillés et moites !

* Limitez la transpiration des pieds :
Astuce de grand-mère : le saupoudrage du fond de vos chaussures et chaussettes de bicarbonate de soude ou de talc. Optez pour des chaussures intérieur cuir. Enfin vaporisez une bombe antifongique dans les chaussures. Ne portez pas tous les jours les mêmes chaussures et alternez un jour sur deux avec une autre paire, de sorte à ce qu’elles sèchent bien, et augmenter ainsi leur durée de vie.
Portez dés que possible des chaussures ouvertes.

* Faut-il s’habiller en clair ou foncé quand il fait chaud ?
Il est courant d’entendre que les couleurs sombres absorbent la chaleur au soleil et sont donc « plus chaudes » tandis que les couleurs claires la réfléchissent et sont donc plus « rafraîchissante » lors de l’exposition au soleil. Mais d’autres facteurs sont à prendre en compte pour définir le bilan énergétique d’une surface, et notamment la chaleur ré-émise. En effet plus un corps est sombre, plus il renvoie de chaleur. Logiquement le blanc, qui reçoit moins de chaleur, en renvoie moins aussi (cf: les ours polaires qui préservent ainsi leur chaleur en limitant la déperdition).
Un mètre carré de tissu blanc absorbe 120 watts par m², soit trois fois moins que le tissu noir.

Mais ce qui est vraiment important ici c’est « l’effet ventilation ». Pour se thermoréguler et se maintenir à 37°C, notre corps se sert de la transpiration. L’excès de chaleur est ainsi jugulé par évaporation de l’eau (=sueur) qui nous rafraîchit, à condition que la chaleur puisse s’évacuer. Dans le désert les nomades s’habillent ainsi avec une sous-chemise claire en coton, puis avec une robe foncée par-dessus, qui n’est pas en contact avec la peau.
Par convection, l’air chauffé par le tissu extérieur aspire par en-dessous de l’air ambiant plus frais. ce qui apparaît donc important est davantage la forme aérée du vêtement (selon l’article de Jean-Michel Courty et Edouard Kierlik dans « Le monde a ses raisons » aux éditions Belin – Pour la Science)

LE DÉO A LA RESCOUSSE : évitez les anti-transpirants et les sels d’aluminium en général
Nous sommes pour la plupart au courant des effets potentiellement indésirables des sels d’aluminium (soupçonnés d’être un facteur de cancer du sein) particulièrement concentrés dans les anti-transpirants qui peuvent en outre obstruer les pores en empêchant la sueur de perler (y compris dans la pierre d’alun dite « naturelle » mais qui reste un sel d’almunium). Même s’ils sont encore mal connus, je conseille le principe de prudence qui consiste à les éviter.

Divers déos bio, à base d’huiles essentielles, hydrolats, d’extraits de plante ou divers agents désodorisants naturels qui empêchent la prolifération des bactéries, font désormais un bon boulot pour neutraliser les odeurs (efficacité jusqu’à 8 heures). Et comme je le disais ci-dessus, n’hésitez pas en cours de journée à tout simplement rafraichir vos aisselles en passant une main ou lingette humide, ou si vous n’avez pas de point d’eau, tout simplement à les essuyer avec un mouchoir en papier absorbant.
Autre option à tester éventuellement : les patchs anti-transpirants qui absorbent la sueur et laissent l’aisselle sèche.

A noter enfin que les anti-transpirants, loin d’être une solution, pourraient même aggraver le problème selon les chercheurs*, en contribuant à l’enrichissement des corynébactéries malodorantes sous les aisselles.

* Microbial odor profile of polyester and cotton clothes after a fitness session. Bacterial and odor profile of clothes. Chris Callewaert, Evelyn De Maeseneire, Frederiek-Maarten Kerckhof, Arne Verliefde, Tom Van de Wiele, Nico Boon. Appl. Environ. Microbiol.

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2 Responses

  1. Enfin un article qui me réconforte ! Je prends une douche de temps en temps, mais je me lave surtout à l’ancienne et pour le corps j’utilise un gant en éponge mouillé d’eau micellaire
    Résultat : une peau propre et fraîche, sans les inconvénients de l’eau avec du calcaire !

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