« Des cheveux en bonne santé » : ça veut dire quoi au juste… ?!

Dans la série « déminons quelques bons vieux mythes capillaires et autres idées reçues sur les cheveux », poursuivons avec un nouveau billet portant sur la « bonne santé » capillaire.
Une expression qu’il est courant d’entendre et qui semble à première vue, naturelle et pleine de bon sens, à tel point qu’on en oublie presque qu’elle ne veut en fait rien dire ou presque… Même pire, elle pourrait même servir de base à discriminer ou au « racisme capillaire » que j’ai déjà évoqué sur le blog à plusieurs reprises…
Explications :

Recherche sur Google images des mots clés "Healthy hair" (cheveux en bonne santé en anglais)

Recherche sur Google images des mots clés « Healthy hair » (« cheveux en bonne santé en anglais »)


Quand on cherche des réponses sur le soin et l’entretien de ses cheveux, il n’est pas toujours évident de s’y retrouver tant les discours marketing et la désinformation (souvent induite par les premiers) règnent parfois. Et parmi eux, on trouve notamment celui de la « bonne santé capillaire », ou sa variante un cheveu « sain » (qui peut toutefois être plus acceptable, prise dans le sens d’un cheveu naturel non altéré chimiquement ou par la chaleur).

Mais… pourtant le cheveu est une matière biologiquement morte comme je le rappelle souvent sur ce blog (voir article).

Rappelez-vous que le cheveu est mort ! C'est une fausse idée de croire que le cheveu peut être en bonne santé. Un cheveu n'est pas plus en bonne santé qu'un lacet de chaussure, un chemisier en coton, ou toute autre fibre textile non vivante. Les cheveux de notre tête ne sont pas un tissus vivant. (...) Il peut paraître en bonne ou mauvaise santé mais c'est différent. (...) Source : The Beauty brains

Rappelez-vous que le cheveu est mort ! C’est une fausse idée de croire que le cheveu peut être en bonne santé. Un cheveu n’est pas plus en bonne santé qu’un lacet de chaussure, un chemisier en coton, ou toute autre fibre textile non vivante. Les cheveux de notre tête ne sont pas un tissus vivant. (…) Il peut paraître en bonne ou mauvaise santé mais c’est différent. (…)
Source : The Beauty brains

En réalité, à part se dégrader, le cheveu ne fait pas grand chose… (sa kératine ne se renouvelant plus contrairement aux cellules de l’épiderme par exemple qui se desquament et se régénèrent selon un cycle régulier).
C’est ce qui explique que tout endommagement est irréversible et qu’on ne peut pas « réparer » le cheveu car il ne « cicatrise » pas. Raison de plus pour limiter les agressions et en prendre soin !

L’autre conséquence de cette nature biologiquement morte du cheveu est que l’idée de « nourrir », ou même selon moi de « l’hydrater » (lui apporter de l’eau, même si le cheveu en contient bien, ce qui est davantage déterminant dans son aspect c’est sa lubrification et la cohésion de ses écailles externes) n’a pas beaucoup de sens, car il n’est finalement réceptif à rien d’un point de vue organique. Il ne va rien transformer/créer pour se reconstituer ou se développer. De plus il ne communique pas avec le derme (contrairement à l’épiderme notamment). C’est la raison pour laquelle utiliser un ingrédient naturel ou synthétique ne change pas grand chose pour un cheveu qui n’y voit guère de différence (c’est plutôt une question d’éthique personnelle vis à vis de l’environnement).

Si je reprends mon exemple de « cadavre », que vous le rembourriez avec de bons fruits et légumes ou avec de la paille, ne fera pas grande différence au point où il en est…

Les follicules pileux (les tissus vivants situés sous votre cuir chevelu) ont bien besoin de vitamines, de nutriments et d'autres éléments critiques qu'ils tirent de votre alimentation. D'où l'importance d'un régime alimentaire sain pour avoir des cheveux à l'air sain. Mais ces vitamines et nutriments ne font plus grand chose pour le cheveu ensuite déjà formé (...). Source : The Beauty Brains

Les follicules pileux (les tissus vivants situés sous votre cuir chevelu) ont bien besoin de vitamines, de nutriments et d’autres éléments critiques qu’ils tirent de votre alimentation. D’où l’importance d’un régime alimentaire sain pour avoir des cheveux à l’air sain. Mais ces vitamines et nutriments ne font plus grand chose pour le cheveu ensuite déjà formé (…). Source : The Beauty Brains

On voit tout de suite en quoi l’expression « cheveux en bonne santé » n’a pas grande signification : il ne vous viendrait pas à l’esprit de vous pencher au-dessus d’un cercueil et de vous inquiéter de la « bonne santé » de son occupant… (désolée d’être un peu morbide !).

Alors qu’appelle-t-on « un cheveu en bonne santé » ? En réalité il s’agit ni plus ni moins d’une norme esthétique… ou un diktat selon la façon de voir les choses 🙂
On parle ici uniquement de l’apparence du cheveu (« une apparence de bonne santé » si vous préférez).
Mais cela n’a strictement rien à voir avec la « santé » à proprement parler dudit « poil ».
La preuve, il n’existe aucun médecin pour « soigner » les cheveux dits « malades » parce que trop « secs », « indisciplinés », « rêches », « mousseux » ou les « frisottis » (hormis si cela est un signe de carence alimentaire ou un problème hormonal, mais ce qui va en fait être traité c’est la production au niveau du follicule pileux pas la longueur déjà poussée).

Un cheveu dit "en bonne santé" est simplement une question d'aspect de sa cuticule lissée ou hérissée...

Un cheveu dit « en bonne santé » est simplement une question d’aspect de sa cuticule lissée ou hérissée…, et donc d’esthétique.

Source : Journal of Cosmetic Science (

« (…) La beauté du cheveu repose sur son apparence : brillante, lustrée avec un contraste élevé. Deuxièmement l’alignement des cheveux, leur forme et leur mouvement, c’est à dire si les fibres capillaires peuvent bouger avec fluidité et individuellement les unes des autres par exemple quand le vent souffle. Troisièmement leur texture : un toucher lisse et soyeux. » Source : Journal of Cosmetic Science (18-MEA and hair appearance, 2010)

En revanche le cuir-chevelu nécessite bien d’être en bonne santé, car c’est un tissu vivant : en cas de problèmes (alopécie, dermite séborrhéique…), on peut en effet consulter un médecin (dermato).
Mais un dermato n’en a que faire de vos longueurs qui ne veulent pas ressembler à une « matière fluide, brillante et douce » (la définition officielle du « cheveu en bonne santé » made in L’Oréal et autres marques cosmétiques, qui est devenue la référence, cf les visuels qui sortent lorsqu’on fait une recherche sur Google Images, voir ci-dessus, c’est assez éloquent).
Et pour cause, la santé n’a rien à voir là-dedans…
N’oublions pas que le cheveu a pour fonction principale de protéger la tête.

Dans son film-reportage, Chris Rock étudie les diktats de beauté appliqués aux cheveux et l'obsession des femmes afro-américaines pour modifier leur nature de cheveux en conséquence.

Dans son film-reportage, Chris Rock étudie les diktats de beauté appliqués aux cheveux et l’obsession des femmes afro-américaines pour modifier leur nature de cheveux en conséquence.

Imaginez qu’au lieu de cela, on est décrété que la norme de beauté (et donc de la « bonne santé ») soit un cheveu touffu, ébouriffé, mousseux avec des frisottis (d’ailleurs on aurait certainement d’autres termes plus flatteurs pour les décrire car le langage est lui-même vecteur de ces idées reçues péjoratives).
Tout le monde se ruinerait en produits pour hérisser les écailles de ses cheveux, accroître leur porosité pour les rendre plus volumineux, « cotonneux » et « fouillis » (des produits existent déjà ceci dit, en particulier pour les personnes aux cheveux fins ou « trop raides » qui veulent plus de « mouvement » et de « densité », encore des termes marketing qui ne décrivent toujours qu’une seule chose : l’aspect des cuticules des cheveux !).

C’est ainsi que pour les personnes aux cheveux trop fins, le principe des produits cosmétiques est de reproduire celui des cheveux abîmés sensibilisés qui présentent des charges négatives et se repoussent entre eux créant une micro-distance entre les cheveux.
Comme quoi, encore une fois tout est affaire de goût et de « look ». Une construction culturelle en somme.


Les cheveux ayant subi des traitements chimiques ou la chaleur sont propices aux frisottis en raison de leur cuticule et structure endommagées. Toutefois, des cheveux normaux en bonne santé peuvent aussi avoir une tendance aux frisottis, tels que les cheveux bouclés en raison de leur forme moins cylindrique et le fait que les écailles de leur cuticule soient moins étroitement emboîtées les unes dans les autres. (…) cela rend le cheveu bouclé plus poreux même s’il est vierge de tout traitement agressif et « sain ». (…)
Plus le cheveu est fin et frisé, plus il est prompt aux frisottis même s’il est sain (…).
Source : Tonya McKay Becker, scientifique spécialiste des polymères appliqués aux cheveux bouclés et chimiste cosmétique.

Je me souviens d’un commentaire reçu par une lectrice, Tamie, qui m’avait attristée, celle-ci s’inquiétait de voir les cheveux de son bébé devenir « secs et crépus », ce à quoi je lui répondais que ce n’était pas une maladie !
Un cheveu sec et frisottant peut être parfaitement « sain » dans le sens où c’est sa nature d’être comme ça. Après qu’il ne corresponde pas aux normes de beauté occidentales (cheveux brillants, souples, doux…), c’est une autre histoire, mais cela n’a rien à voir avec la santé.
La question à se poser est plutôt assume-t-on/accepte/ »embrasse »-t-on, cette nature/texture… pour à terme faire évoluer les normes ou cherchons-nous à la combattre a tout prix pour se conformer ?
A méditer 🙂

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5 Responses

  1. Hello,

    Je suis dans le cas du cheveux sain (pas d’utilisation de chaleur, pas de décoloration, pas de teinture…) qui frisotte… J’ondule légèrement mais pas de boucle à l’horizon. Eh bien, rien à faire, le côté frisottant et mousseux, je trouve cela moche. J’aspire au cheveu lisse (que la chevelure soit raide, ondulée, ou bouclée d’ailleurs). Le seul truc qui m’aide (pas de miracle néanmoins) c’est l’application d’huile de brocoli (3 à 4 gouttes) sur cheveux humides après le shampoing et séchage naturel pendant la nuit avec des torsades.

  2. « utiliser un ingrédient naturel ou synthétique ne change pas grand chose pour un cheveu qui n’y voit guère de différence (c’est plutôt une question d’éthique personnelle vis à vis de l’environnement) »

    Le cheveu n’y voit guère de différence mais le cuir chevelu si! (car le produit qu’on applique sur nos cheveux entre en contact avec notre cuir chevelu et pénètre donc dans notre organisme). Il y a donc pour ma part quand même un choix de santé derrière le choix de mes cosmétiques cheveux 🙂

    Si on ne peut le nourrir ni l’hydrater, on peut au moins le protéger (je pense aux huiles qui laissent un film protecteur), un peu comme la momification permet de conserver un cadavre pour reprendre ton expression :p

    Qu’en penses-tu?

  3. Non , si tu appliques uniquement sur la longueur du cheveu et pas aux racines, le produit ne sera pas en contact avec ton cuir chevelu, il ne se « deplace » pas ou ne remonte pas, le produit est fait pour adherer a l’endroit ou tu le deposes.

    Oui bien sur tu peux gainer ton cheveu pour modifier son aspect avec une huile ou tout autre produit lubrifiant/gainant qui va lisser et lustrer ses ecailles. Cela va aussi renforcer son hydrophobie et lui permettre de lutter contre l’humidite susceptible de penetrer et faire gonfler les ecailles.
    C’est une facon de modifier son aspect naturel (sec). C’est une question d’esthetique avant tout.

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