Marilyn Monroe, histoire d’un massacre capillaire : le sacrifice de la blondeur…

Nous fêtons en 2012 les 50 ans de la mort de la célébrissime et glamourissime Marilyn Monroe. L’actrice américaine ne cesse de fasciner et représente encore de nos jours une icône de beauté dont on copie les looks et plus particulièrement son fameux dégradé de boucles au blond « blanc taie d’oreiller » comme elle le surnommait, qui a fait sa renommée. A son sujet, la coiffeuse star des grands défilés, Odile Gibert commentait : « Cette coupe de cheveux, c’est sa personnification, son identité. Elle est sexy et angélique à la fois. C’est la couleur et la douceur de l’enfance. Elle attire et attendrit en même temps. » Mais derrière le visage parfait et souriant que nous présente Marilyn sur ses photos et dans ses films, se cachaient de violents traitement chimiques. « Il me faut cinq heures pour devenir Marilyn » déclarait ainsi la star. Levons le voile sur le calvaire qu’elle faisait endurer à sa chevelure, naturellement frisée et dense, au point de se retrouver presque chauve à la fin de sa (courte) vie… :

A lire aussi : Lisser ou dessiner ses boucles avec les bigoudis et mise en pli à la Marilyn Monroe (tutoriel en fin d’article)

La saga capillaire de Marilyn débute alors qu’elle n’était qu’une jeune mannequin : en 1946, travaillant pour l’agence Blue Book Modeling, elle participe à un casting pour une publicité de shampooing Rayve.
La photographe la trouve à son goût mais souhaite qu’elle se raidisse les cheveux « qui prennent mieux la lumière en pellicule couleur« .
Sur sa fiche signalétique de l’agence, est inscrit « Medium blonde : too much curled and unruly, discoloring and perm recommended. » (« Blond moyen : trop de boucles indisciplinées, décoloration et permanente recommandées« ).
La coiffeuse Sylvia Barnhart qualifiera, elle, sa chevelure de « frisée marron terne », au Salon Franck & Joseph vers lequel on l’adresse, sur Wilshire Boulevard. Un établissement à la mode et côté à l’époque, fréquenté par de nombreuses stars, de Rita Hayworth à Ingrid Bergmann.

Un premier défrisage
Ce processus de défrisage entraîne une première décoloration tendant vers le roux, ce que la jeune-femme apprécie.
Elle demande alors à l’accentuer pour l’éclaircir davantage, « fair« .
Enfant, Marilyn précisera qu’elle était blond platine et qu’on la surnommait alors « tête d’étoupe », elle rêvait alors de cheveux blonds dorés. Jusqu’à ce qu’elle découvre le blond platine de la magnifique Jean Harlow. Il lui faudra alors 3 ans de tests et d’ajustements pour « fabriquer » la Marilyn emblématique que l’on connaît.
Du blond vénitien aux blond doré, blond cendré jusqu’au blond champagne…

Mais quelle était la nature des cheveux de l’héroïne des Hommes préfèrent les blondes ?
Sa coiffeuse Gladys Rasmussen dévoilera à leur sujet : « Les cheveux de Marilyn posent plusieurs problèmes : ils sont très fins et difficiles à travailler. Trop gras pour ne pas être lavés tous les jours et spontanément si frisés que je dois les lisser très soigneusement à la moindre occasion. Quant à la recette de son blond platine, elle est due au mélange d’une teinte « argent étincelant » et d’eau oxygénée à 20 volumes. Plus un rinçage secret de ma composition pour éviter l’effet jaunâtre. » (pour la petite histoire Miss Monroe fera aussi subir le même traitement à son « intimité » pour « être blonde de partout ! »).

Si les traitements chimiques maltraitent encore de nos jours les cheveux, dans les années 40 ils étaient redoutables !
Loin de la camomille ou de la fiente de pigeon qu’affectionnaient jadis les romaines pour l’ammoniaque qu’elles recélaient : c’est l’eau oxygénée (peroxyde d’hydrogène) qui est l’ingrédient majeur.

La décoloration fatale
Préparée à partir d’une solution d’acide sulfurique diluée à pas moins de 30% par les professionnels qui cherchent l’efficacité, sans être conscients de ses effets désastreux à long terme (dose actuellement recommandée : 0,5%), elle pénètre l’intérieur des cheveux dont elle dissout la mélanine, le pigment qui donne sa carnation aux cheveux et à la peau. Une torture infligée aux cheveux tous les 3 à 4 jours (tous les 5-6 jours à l’heure actuelle) puisque des retouches aux racines devaient être réalisées régulièrement.
Au somment de sa carrière, la décoloratrice personnelle de Marilyn faisait ainsi le déplacement en avion de San Diego à Los Angeles, tous frais payés, pour cette mission hautement stratégique !
Et même si on tentait de soigner les cheveux comme on le pouvait, à coup d’emplâtres à la moelle de boeuf ou d’huiles ultra grasses, cela n’empêchait pas le cuir-chevelu d’être littéralement brûlé, et de détruire le cheveu jusqu’au coeur de sa fibre.

Un cocktail chimique décapant !
D’autres réactifs, tels les persulfates de sodium, potassium, baryum, magnésium, paraphénylène, paratoluène, les nitrates, thioglycolates d’ammonium, aminophénols, et bien d’autres substances chimiques barbares, désormais considérées comme aussi dangereuses pour la peau que pour les poumons (provoquant asthme, allergies et eczéma, maladies professionnelles reconnues des coiffeurs) sont tout autant utilisés.
Il est probable que Marilyn y ait eu aussi recours, elle qui s’amusait « qu’à Hollywood, la vertu d’une femme est beaucoup moins importante que sa coiffure. »

Mais ici ne s’arrête pas l’épreuve : en effet à la suite de la décoloration, il faut recolorer au risque de se retrouver avec un « jaune pisseux ».
Et pour cela on use de shampooings, crèmes, poudres, huiles, émulsions ou lotions plus ou moins poisseuses, à base de polymères aquasolubles à divers degrés de dosage.
Un colorant associé à une eau oxygénée à 20 volumes donne une décoloration et une teinture intenses, quand un shampooing ou un gel contenant une eau oxygénée à 10 volumes n’apportera qu’une nuance ténue et éphémère.
Le rinçage teinté pratiqué par Gladys Rasmussen, remplace en surface les pigments désintégrés à l’intérieur des fibres. A noter que les ratages étaient assez fréquents, entraînant des têtes mauve ou orange…

Prudente, l’actrice ne se séparait d’ailleurs jamais d’une poudre blanchissante de Max Factor, marque professionnelle fournisseur des studios, pour camoufler d’éventuelles repousses ou dérapages accidentels.

Des cheveux détruits par le défrisage
Parallèlement au supplice chimique de la (dé)coloration, Marilyn subit aussi jusqu’à la fin de ses jours, un raidissement à l’hydroxide de sodium, mieux connu sous le nom de soude caustique (la même qu’on utilise pour déboucher les canalisations !).
Ce produit très alcalin casse la structure naturelle de la kératine (le composant principal de la peau et des poils) pour rendre la chevelure malléable jusqu’à la raideur voulue.
Les conséquences en étaient très dommageables : cuir-chevelu en feu et des cheveux en botte de foin, d’une sécheresse mortelle aux écailles hérissées incapables de retenir la moindre hydratation interne.
Cassée à tous les niveaux, y compris à la base, la masse capillaire de Monroe diminue sensiblement.
La parade ? Choucrouter à fond et mettre en plis pour donner l’illusion d’un volume, le tout fixé avec force laque vinyle (tout autant nocive pour le (peu de) cheveux restants !).

Parmi les autres calvaires infligés à ses cheveux, Marilyn aura aussi procédé à une épilation à l’électroyse de son implantation en pointe sur le front (appelée « pic de la veuve ») qui ne convenait pas aux studios.

Enfin, sa coiffure a aussi évolué au fil du temps.
Passant de boucles crantées style pin-up à ses débuts avec une mèche derrière laquelle se cache le regard « coquin », elle dégagera progressivement son front de sorte que son visage prenne mieux la lumière.

A sa mort, sa généreuse tignasse d’origine est devenue aussi fine et fragile qu’un nuage ou des cheveux d’ange. Comme si elle commençait à s’effacer, à l’image de Marilyn elle-même.
C’est ainsi que dans son dernier film achevé, « Les désaxés » (« The misfits »), elle portait une perruque tant ses cheveux étaient abîmés. Accessoire cache-misère qui l’accompagnera jusqu’au tombeau…

A lire aussi des Boucles à la manière de Marilyn

A lire aussi :

2 Responses

  1. Quel massacre, je la trouve magnifique sur la 2ème photo en brune . Bel article merci

    • Oui c’est le mot, on ne se doute pas toujours de ce qu’elle a enduré physiquement pour « créer » Marilyn…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>