Pour de beaux cheveux bouclés, surveillez le pH de vos produits (alcalin, acide ou neutre)

Si la solidité de nos cheveux tient à la structure de son cortex, sa brillance, sa douceur ou sa facilité de coiffage sont en grande partie liées à l’état de sa cuticule (voir article).


Cette mince couche qui enveloppe toute la surface de la fibre a également pour rôle de protéger sa structure interne (le cortex) mais aussi de maintenir son hydratation. Mais quel est le secret d’une cuticule en bonne santé qui rendra beau notre cheveu ? C’est simple, ses écailles (les plaques cornées qui la composent) doivent être bien lisses et régulières, impeccablement jointes comme les ardoises d’une toiture. Elles réfléchiront ainsi la lumière, limiteront les frictions entre les mèches (source d’emmêlement) avec un aspect soyeux. Et c’est là que le pH des produits capillaires peut nous aider dans cette mission !

Tout d’abord, petit rappel chimique sur ce qu’est le pH :
Le pH (potentiel Hydrogène) est le paramètre permettant de mesurer l’acidité ou l’alcalinité d’un milieu aqueux.
Plus précisément, le pH correspond à la concentration d’ions hydrogènes (H+) dans une solution (selon une formule logarithmique).
L’échelle de pH est graduée de 0 à 14. Les produits inférieurs à 7 sont acides, les produits de pH neutres sont situés sur le 7 et les produits supérieurs à 7 sont basiques.
C’est un facteur très important dans la fabrication des cosmétiques car il permet de contrôler le (non) développement des bactéries. Il influence également les textures des émulsions.
Le mélange d’un produit acide et d’un produit basique provoque la neutralisation du mélange qui devient soit inefficace, soit dangereux.

La relation entre le pH et les cheveux :
> Le manteau acide des cheveux :
Les cheveux, comme notre peau, sont enduits d’un très fin fluide fait de sébum, de sueur et d’eau constituant le film hydrolipidique connu sous le nom de « manteau acide ». Il lubrifie, aide à repousser des bactéries et protège de l’irritation cutanée.
Ce manteau acide, comme son nom l’indique est légèrement acide : son pH est compris entre 4.5 et 5.0*.
Il est très important pour maintenir le bon équilibre d’hydratation dans nos cheveux.
Il joue aussi un rôle dans le lissage des écailles de la cuticule à la surface de la tige capillaire, leur permettant de bien refléter la lumière avec un toucher doux. L’exposition à l’environnement extérieur, de même que les lavage et coiffage conduisent à détériorer ce manteau acide qui peut être contaminé ou : il doit donc être restauré par l’usage de produits au pH ré-équilibrant.

>La kératine du cortex capillaire :
La kératine contenue dans le cheveu humain est une protéine dont la molécule possède la capacité de se charger positivement ou négativement selon l’environnement (climat…). Il existe un niveau de pH (à une température donnée), où cette molécule est complètement déchargée c’est à dire neutre : c’est le point isoélectrique. Il est optimum lorsque le pH se situe à une valeur comprise entre 4.0 et 4.5.
Lorsque le cheveu est au point isoélectrique, sa structure est bien resserrée et sa cuticule présente des écailles lisses parfaitement scellées : ce qui donne au cheveu un aspect lisse, doux, brillant avec une boucle rebondie, facilitant l’écoulement normal du sébum.
Les facteurs pouvant élever le pH du cheveu sont par exemple les dommages structurels qu’il subit (chaleur, traitement mécanique brutal…) ou l’usage de solutions alcalines (coloration, permanente, assouplissement ou défrisage du cheveu ou encore produits détergents). Par exemple, le pH d’un produit défrisant est compris entre 10 et 14.
L’augmentation du pH du cheveu a pour conséquence de le charger négativement, ce qui le fait gonfler et le rend poreux.
Les écailles de sa cuticule se soulèvent et s’hérissent : ce qui donne au cheveu un aspect terne, brouillon, frisottant et rêche avec une tendance à casser.

L’impact des produits sur sur le pH des cheveux :
Tous les cosmétiques et notamment les produits capillaires ont un pH (gel, mousse, shampoing, après-shampoing etc.).
Ce dernier affecte donc les cuticules de nos cheveux en modifiant le pH naturel de nos cheveux.
Pour (re)fermer/coucher les écailles de la cuticule et bien les souder les unes aux autres, le pH optimum est donc légèrement acide (entre entre 4.0 et 4.5 et jusqu’à 5,5 trouve-t-on encore).
Un pH plus élevé (notamment alcalin, supérieur à 7) aura l’effet inverse en hérissant les écailles qui s’écartent comme les feuilles d’un palmier (une opération utile lors d’une coloration par exemple, permettant aux pigments de pénétrer la mélanine interne du cheveu mais dommageable…).
La cuticule s’amollit également.

En général, les shampoings et après -shampoing ont un pH entre 5 à 7 (parfois moins pour les AS conditionneurs dont la fonction est de resserrer les écailles du cheveu). Les shampoings qui ont un pH au-dessus de 8.5 peuvent entraîner des problèmes de cuir chevelu (eczéma, pellicules, psoriasis, cuir chevelu qui gratte etc.).
C’est pourquoi on conseille aussi le rinçage des cheveux avec une solution vinaigrée pour abaisser le pH des cheveux au point isoélectrique ou légèrement en dessous pour sceller et lisser sa cuticule.

Les shampooings et conditionneurs légèrement acides peuvent donc être appliqués pour renforcer la couche externe du cheveu, lisser sa cuticule mais aussi diminuer le diamètre du cheveu (ce qui permet de réduire le volume des cheveux). Un cheveu qui est proche du pH idéal, entre 4.5 et 5.0, atteint ainsi son pic de force. Les cheveux colorés bénéficient aussi d’une prolongation de leur teinture.

Attention un produit trop acide, avec un pH de 2 à 3, décompose le cheveu !
En résumé : tout produit qui a un pH inférieur à 3 ou supérieur à 7 est mauvais pour les cheveux. Tout produit ayant un pH compris entre 4.5 et 7 est acceptable pour les cheveux.
A noter que contrairement à la peau, les cheveux n’ont pas la capacité de corriger le pH.

Comment repérer les produits capillaires formulés pour être légèrement acides ?

Ils sont dotés d’un pH proche du manteau acide du cheveu (4.0-5.0) et permettent d’abaisser le pH du cheveu à un point identique ou légèrement en dessous du point isoélectrique. Vous noterez, à la fin de la liste d’ingrédients (INCI), la présence de certains composants tels que :

– Sodium hydroxide
– Triethanolamine
– Behentrimonium chloride
– Stearalkonium chloride
– Amine oxides
– Cetrimonium chloride
– Citric acid
– Ascorbates
– Citrus extracts

Ils sont ajoutés en très petite quantité pour ajuster le pH des produits au niveau adapté.

Même si cela reste rare, certains produits mentionnent leur pH: scrutez leur étiquette.
Autrement, vous pouvez tester le pH de vos produits avec des bandelettes indicatrices de pH qui s’achètent en pharmacie.
Pour connaître le pH de tous les produits que vous appliquez sur vos cheveux, additionnez le pH de chaque produit entre eux et divisez par le nombre de produits.
Exemple: si votre shampoing a un pH de 5, votre après-shampoing un pH de 5 et votre gel un pH de 4.
5+5+4= 14.
14/3= 4.66.

Le pH de quelques produits :

Les colorations:
Les teintures colorantes ont un pH compris entre 8 et 9.

Les shampoings:
Les shampoings ont un pH compris entre 4 ou 5 et 7. La plupart des shampoings vendus en grande surface ont un pH de 7 et parfois 8. Les shampoings neutres ont un pH de 7, lorsque légèrement alcalins, ils ont un pH de 7.5.
Pour les cheveux défrisés: privilégiez un shampoing neutralisant car le défrisant (pH de 8 à 11 pour les doux et 11 à 14 pour les normaux) rend le niveau du pH des cheveux trop alcalin afin de restaurer les cheveux au pH originel. Les shampoings neutralisants ont un pH compris entre 3 et 6.
Les shampoings clarifiants sont alcalins, ils soulèvent les cuticules pour permettre un nettoyage en profondeur : n’en abusez pas, ils restent décapants pour les cheveux.

Les après-shampoings :
Ils ont un pH généralement compris entre 2.5 et 3.5, ce qui lisse les cuticules, facilite le démêlage et rend les cheveux brillants.

L’eau :
Le pH de l’eau distillée est de 7.
L’eau courante a un pH compris entre 6.5 et 8 (selon votre lieu de vie), mais elle est considérée comme neutre.
L’eau a tendance donc à alcaniser notre peau et nos cheveux. Il faut plusieurs heures à la peau pour recréer son film hydrolipidique et son acidité (raison pour laquelle il faut la réhydrater rapidement avec une crème légèrement acide et bien la sécher). Le cheveu en revanche ne sait pas re-créer lui-même son film, on peut donc l’aider avec un rinçage au vinaigre de cidre (pH compris entre 2.4 et 3.4) dilué pour restaurer le pH du cheveu après lavage suivi d’un bon conditionneur.

Le pH du jus de citron est autour de 2.3.

*

Le pH de la peau

A noter qu’avant 2006, on croyait que le pH de la peau était de 5,5. Plus précisément, les scientifiques pensaient qu’il variait entre 5 et 6, selon les zones du corps ou s’il était mesuré chez les hommes (plus bas) ou les femmes (plus élevé). Cependant, une étude publiée dans l’International Journal of Cosmetic Science (H. Lambers et al., 2006, vol. 28) montre que le pH de la peau se situe, en moyenne, à 4,7, c’est-à-dire à des niveaux plus acides que l’on pensait initialement. Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont mesuré le pH de 330 personnes provenant d’Espagne, des Philippines, des Pays-Bas et d’Allemagne. Comme l’eau du robinet (pH 8) et les savons augmentent le niveau du pH, aucune de ces personnes n’a pu prendre de douche ni utiliser de cosmétiques pendant la durée de l’expérience. Selon l’étude menée par H. Lambers, il existe entre la peau et sa flore une relation symbiotique. D’une part, la peau fournit des lipides, des minéraux et des protéines à ces microorganismes. Eux, à leur tour, ont pour mission de renforcer la première ligne de défense du corps humain (le manteau acide), empêchant l’invasion de bactéries nocives. Finalement, ce rapport montre que des valeurs plus élevées de pH, à savoir moins acides, sont associées à des maladies telles que la dermatite atopique, la dermatite de contact irritant, l’acné ou l’ichtyose. (source : International Journal of Cosmetic Science, 2006, 28, 359-370 via Le blog de la peau)

Une étude antérieure (1996) notait les variations de pH sur le corps mais aussi selon la couleur de peau : d’environ 5,52 sur le visage et de 5,75 sur les jambes pour la femme caucasienne, et un peu plus acide, respectivement 5,15 et 5,56 pour la femme noire. (1)
Ces différences seraient dues à divers facteurs, tels que l’hydratation de la peau, la transpiration, le sébum, le site anatomique, la prédisposition génétique et l’âge, mais aussi les détergents, les cosmétiques, etc. (3,4)
Les aisselles, les zones entre les doigts et les orteils, et parties intimes ont un pH spécifique.

1. A.G. Warrier, A.M. Kligman, R.A. Harper, J. Bowman, R.R. Wickett. A comparison of black and white skin using noninvasive methods . J. Soc. Cosmet. Chem. 1996, Vol. 47, pp. 229-240.
2. P. Grimes, B.L. Edison, B.A. Green, R.H. Wildnauer. Evaluation of Inherent Differences Between African American and White Skin Surface Properties Using Subjective and Objective Measures. Cutis. 2004, Vol. 73, pp. 393-396.
3. M.H. Schmid-Wendtner, H.C. Korting. The pH of the Skin Surface and Its Impact on the Barrier Function. Skin Pharmacol. Physiol. 2006, Vol. 19, pp. 296–302.
4. J.W. Fluhr, J. Kao, M. Jain, S.K. Ahn, K.R. Feingold, P.M. Elias. Generation of Free Fatty Acids from Phospholipids Regulates Stratum Corneum Acidification and Integrity. J. Invest. Dermatol. 2001, Vol. 117, pp. 44-51. (via the-onlooker.com)

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